Billet #12 L’interview de Wassim Guerfala

L'interview de Sara Bouchiki, fondatrice du projet Wastenergy

Son parcours :

  •  Est née et a grandi en Tunisie
  • A intégré l'Ecole Nationale d'Ingénieur à Tunis pour devenir Ingénieur en génie mécanique
  • Suit une année de master à Paris en Matériaux Composites en 2016

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

C’était au cours d'un stage dans l'entreprise Altman (ndlr. une entreprise en conseil en ingénierie). Ils travaillent également dans l’automobile et l’aéronautique. Et moi, j’ai travaillé dans l’automobile. Je me suis rendue compte que si un jour, on développait un modèle de voiture pour avoir sa propre marque, c’est pas aussi évident que ça. J’ai eu l’occasion de visiter des usines et je peux vous dire qu’il faut avoir des investissements énormes. C’est pas évident à gérer, la partie logistique et la partie personnel. Donc c’est pas évident de dire un jour « on va développer ce type d’usine ». Je me suis dit qu’il fallait opter pour autre chose, de plus simple et qui peut être le futur du transport. Au début, il fallait trouver un nouveau moyen de transport dans les grandes villes (mégalopoles), des moyens de transport qui permettent d’avoir le même service, mais qui permettent de gagner du temps, d’être écologique et économique. On s’est dit « c’est les vélos ! » C’était une réponse claire, évidente. A titre personnel, j’aime bien le vélo. Lorsque j’étais à Paris, j’aimais bien me promener dans la ville en vélo, j’avais un abonnement Vélib. Et c’est à ce moment-là que je me suis dit que les vélos, c’était plus simple, aux niveaux de la conception, de la fabrication. Il y avait aussi l’idée des petites ou moyennes usines. Donc on peut avoir plusieurs usines sans avoir besoin de beaucoup d’investissement aux niveaux des machines et du personnel. Donc c’est vraiment un nouveau concept de fabrication ou d’industrialisation d’un nouveau produit. C’est pas comme les usines de voiture. En travaillant chez Bertrand, j’ai eu l’occasion de visiter de très grandes usines, et donc c’est vraiment une nouvelle dimension. Pour moi, c’était clair, il faut travailler sur quelque chose qu’on peut maîtriser au niveau technique, au niveau financier, et avec des objectifs écologiques et économiques.

Mon collègue voulait rentrer en Tunisie pour faire un projet. Il y avait d’autres avantages à le faire en Tunisie. C’est un marché vierge. Après on peut trouver des opportunités au niveau du financement, même des aides par l’Etat. Après, il y avait une autre idée, qui était d’encourager les gens à utiliser les vélos. Aujourd’hui, on travaille étroitement avec une association, qui s’appelle Vélorution. C’est une nouvelle association tunisienne, qui encourage les gens à utiliser le vélo en organisant des parades. On a commencé avec 30 personnes. Puis maintenant, on fait des parades avec 900 personnes. Cela a permis d’avoir de l’ampleur médiatique. Et cela a aussi permis de faire pression pour avoir des pistes cyclables. On peut dire qu’on a fait chemin inverse : on a créé le besoin et encouragé les personnes à utiliser le vélo. Y’a un grand problème en Tunisie, surtout dans les grandes villes, c’est le transport. Le transport en commun et aussi les voitures, il y a toujours des bouchons, des problèmes au niveau des déplacements. Le centre-ville de Tunis n’est pas très grand donc si on peut avoir une zone sans voiture, ou bus, taxi et vélo seulement, ce serait très intéressant. Le centre-ville de Tunis peut être parcouru en 30 minutes en vélo.

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  •  Accompagnement individuel pour le choix de prestataires et l'écriture de cahier des charges.
  •  Financement d’une étude de marché en France et en Tunisie.
  • Un accompagnement juridique pour l'aide à la création d'entreprise.

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

La première étape, on a essayé d’organiser l’année de travail, voir ce qu’on devrait faire. On a essayé d’énumérer les différentes tâches en se basant sur des objectifs, qu’est-ce qu’on peut faire, comment on peut se projeter à moyen et long terme. Donc la première partie, c’était vraiment l’organisation, essayer de développer une feuille de route en se basant sur différentes contraintes, que ce soit professionnelle ou personnelle. Moi je travaille, et mon collègue aussi. Après la deuxième étape, y’avait l’accompagnement d’une boîte de consulting, Abso Conseil. Ils nous ont accompagnés dans les différentes étapes du projet. J’ai eu l’occasion de les rencontrer plusieurs fois. On partageait l’état d’avancement du projet, ce qu’on voulait faire, s’il y avait des devis à faire faire, faire des cahiers des charges pour cette prestation, valider le cahier des charges. Après valider les propositions. Et enfin valider le contenu du travail du prestataire. Donc c’était toujours comme ça, il y avait des tâches, on développait le cahier des charges, on trouve le bon prestataire avec lequel on veut travailler, et après on valide ce qu’on fait. 

Après le cahier des charges, il y avait une période de recherche de produit, essayer de se définir. Ça c’était avant l’étude de marché. Pourquoi on fait ce projet ? C’est quoi l’objectif ? Comment on peut se distinguer des autres ? C’est quoi la valeur ajoutée ?

Pour nous, l’objectif, c’est d’avoir un vélo qui peut remplacer la voiture. C’est pas des vélos de course ou des vélos de randonnée, ce sont des vélos pour une utilisation quotidienne. En se basant sur cette idée, on a essayé de définir un cahier des charges, avec des objectifs et des critères de choix. Ca c’était la première partie. La deuxième partie, c’était l’étude de marché. Il y a une étude de marché qualitatif et une étude de marché quantitatif. Donc quantitatif, c’est poser des questions à des personnes au hasard et faire l’étude sur ces personnes-là. Donc nous, on a opté pour une étude qualitative tout en se basant sur une réflexion déjà faite. Pour nous, on veut fabriquer mais on va pas faire des points de vente. On va essayer de faire des partenariats avec des points de vente de petite ou moyenne taille. Donc ces gens-là maîtrisent vraiment le domaine du vélo. Ils ont une idée plus claire sur ce que les gens veulent. Différents critères de choix. Ils maîtrisent bien. Donc on a opté pour travailler avec ces gens-là. On a fait un questionnaire en se basant sur nos critères et on a commencé à faire de la collecte d’informations. On a essayé aussi de voir l’évolution du marché français. Après, il y avait une petite partie sur le marché tunisien. On a essayé de voir les tendances, l’évolution, si les gens commencent à s’intéresser davantage au vélo. Donc tout ça nous a permis d’avoir une idée plus claire sur ce domaine-là. Donc ça c’était la deuxième partie.

Au niveau des contraintes, la première était de trouver le bon partenaire. On a contacté beaucoup de boîtes de consulting qui font des études de marché mais c’était très dur de trouver le bon compromis entre la qualité et le coût. Avec les fonds qu’on a, on a trouvé difficile de trouver ce compromis. Sur les 15000, il y avait déjà 2500 sur Abso Conseil donc il nous restait 12000 et quelques pour valider les différentes tâches du projet. Donc c’était vraiment très dur parce que là, on parlait de 9000 euros pour faire une étude de marché. Donc c’était pas possible. Mais c’était intéressant, ça m’a permis de discuter avec pas mal de personnes. Et ça m’a permis de faire évoluer le cahier des charges pour l’étude de marché via les différents échanges avec les différentes boîtes de prestation. Ca nous a permis d’améliorer le questionnaire et affiner les informations qu’on devait retrouver. Donc c’était vraiment intéressant pour moi, et une étape indispensable pour aboutir à une étude de marché qui soit large, pointue et détaillée sur certains points précis.

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

Beaucoup de personnes ne sont pas très au courant. Généralement, ils se débarrassent de leurs déchets à la décharge. Réaliser qu’on peut, à partir d’un gisement de déchets, faire des économies, c’est-à-dire voir le déchet différemment. C’est déjà une première étape. Se dire « je vais investir un peu d’argent au début mais à moyen terme, c’est-à-dire 5-6 ans, ça va commencer à me rapporter de l’argent », c’est une énorme prise de conscience qu’il faut faire. Une fois cette prise de conscience faite, les gens sont très demandeurs parce que ça permet de réaliser des économies importantes, de l’ordre de 20-25% sur une facture énergétique. C’est toujours très attractif. Mais il faut réaliser un petit investissement initial avant de réaliser des retours sur cet investissement.
J’en ai beaucoup parlé aux industriels de l’agroalimentaire parce que les déchets sont nombreux. Les gens sont plutôt demandeurs.
Il y aura tout un travail de vulgarisation à faire. Mais derrière, ce sont des choses qui se développent de plus en plus au Maroc et en Afrique.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

« Think, believe and make » : si on a une idée, il faut croire à l’idée. Et si on croit à l’idée après on peut la concrétiser. Croire à l’idée est vraiment l’étape la plus importante. Avoir une bonne idée, c’est bien. Pas mal de gens ont de bonnes idées. Mais après, il faut croire en ce qu’on fait pour le concrétiser. C’est pas une question d’idée, c’est pas une question de financement. Aujourd’hui, je peux vous assurer que c’est pas le premier problème. Il y a pas mal de contraintes qui sont plus importantes, comme par exemple les contraintes techniques. Après, il y a la communication, c’est très important aussi. Donc il faut croire en ce qu’on fait. Comme ça, on peut atteindre nos objectifs. 

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