Billet #9 L’interview de Sara Bouchiki

L'interview de Sara Bouchiki, fondatrice du projet Wastenergy

Son parcours :

  •  Est née et a grandi au Maroc
  • Intègre Polytechnique en 2011
  • Suit une année de master spécialisé en énergie et procédés

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

"Le parcours à l'école polytechnique est très formateur et généraliste, ce qui m'a permis de découvrir de nombreuses choses avant de me spécialiser. Je commençais alors à avoir un goût pour l'entrepreneuriat et les énergies. Après la 3e année à l’Ecole Polytechnique, on fait soit une école à l’étranger, soit une école d’application que j’ai faite moi à l’Ecole des Mines Paristech, à Paris, dans un Master spécialisé en énergie et procédés. Je voulais poursuivre un peu mon apprentissage dans le domaine des énergies. Et c’est là que m’est venue l’idée d’utiliser des déchets pour les valoriser énergétiquement, notamment parce que j’avais découvert des technologies différentes dont la mécanisation qui permet de transformer des déchets en énergie.  Grosso modo, c’est un peu comme si on faisait du compost accompagné technologiquement.  Donc j’ai commencé à travailler dessus toute seule, à faire une petite étude de marché, à me renseigner, etc. 

En Europe, il existe déjà de nombreux projets qui valorisent les déchets pour en faire de l’énergie. Alors qu’au Maroc et en Afrique, on ne fait pas encore assez de valorisation énergétique. On a un gros gisement de déchets qui n’est pas valorisé. C’est un énorme besoin qui existe pour lequel il n’y a rien. Connaissant cette situation, l’idée m’est venue et en même temps, le Maroc était parfaitement adapté. C’est en cela que mon idée et mon pays d'origine sont intrinsèquement liés. 

A un moment, j’ai eu le besoin de passer à l’étape d’après, d’être accompagnée et c’est en voyant l’appel à projets MEETAfrica que j’ai candidaté en août 2016. La réponse est arrivée début septembre 2016. On est descendu à Marseille avec tous les présélectionnés pour présenter notre projet face à un jury. L’idée, c’était une présentation d’une dizaine de minutes, suivie de questions. J'ai été retenue parmi la centaine de candidats, avec un accompagnement sur environ 18 mois."

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  •  Accompagnement individuel pour la réalisation d'une étude de marché finalisée. 
  • Financement et aide à la création de mon site internet, prochainement en ligne.
  • Mise en relation avec certains acteurs du secteur au Maroc.
  • Aide à la rédaction de cahier des charges pour toute demande de prestation.

"Quand le programme MEETAfrica a été lancé, il n’y avait pas beaucoup de programmes qui accompagnaient des projets tournés vers la rive Sud de la Méditerranée ou l’Afrique.. Donc ça, ça a été un gros avantage pour les personnes aux projets comme le mien."

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

"Aujourd’hui, l’étude technico-économique montre que c’est rentable. Il faut donc désormais  passer du stade de l'idée à celui  de concrétisation de cette idée.

La prochaine étape sera le lancement du site internet, parce que c’est très important quand on participe à des salons, quand on discute avec des professionnels. Au-delà du discours, c’est quelque chose auquel ils peuvent se référer. La mise en ligne va se faire dans le courant de l'année 2018.
Ensuite, il faudra réaliser un petit pilote auprès d’un industriel. Avec le cabinet d’étude, on est en discussion avec quelques-uns pour voir dans quelle mesure on pourrait collaborer ensemble. C’est la prochaine grosse étape du projet.
Il restera enfin la création de la structure juridiquement et le lancement de l’activité."

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

"Beaucoup de personnes ne sont pas très au courant des conséquences écologiques d'un mauvais traitement des déchets. Généralement, ils se débarrassent de leurs déchets à la décharge. Réaliser qu’on peut, à partir d’un gisement de déchets, faire des économies, c’est-à-dire voir le déchet différemment, c’est déjà une première étape dans l'appropriation de l'écologie au niveau locale. Se dire « je vais investir un peu d’argent au début mais à moyen terme, c’est-à-dire 5-6 ans, ça va commencer à me rapporter de l’argent », c’est une énorme prise de conscience qu’il faut faire. Une fois cette prise de conscience faite, ils seront très demandeurs parce que cela permet de réaliser des économies importantes, de l’ordre de 20-25% sur une facture énergétique. C’est toujours très attractif. Mais il faut réaliser un petit investissement initial avant de réaliser des retours sur cet investissement.
J’en ai beaucoup parlé aux industriels de l’agroalimentaire parce que les déchets y sont nombreux.  

Il y aura tout un travail de vulgarisation à faire. Mais ces initiatives se développent de plus en plus au Maroc et en Afrique."

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

"Il faut beaucoup de persévérance. Il faut aimer croire en son idée. Ne pas hésiter à frapper à toutes les portes. A plusieurs, on avance beaucoup plus vite. Et donc on peut faire vraiment plus de choses que si on est seul. Surtout au début, c’est toujours bien de se faire accompagner parce qu’on est souvent convaincu de notre idée. C’est pour cela qu’on a envie de la lancer. Mais c’est bien d’avoir des avis extérieurs parce que soit cela nous permet de l’améliorer, soit cela permet d’éviter de tomber dans certains pièges, parce que d’autres y ont déjà pensé ou ont plus d’expérience. Même si c’est une idée toute bête, c’est toujours bien de la partager pour voir si elle a du potentiel ou pas, d’en discuter."

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