Billet #10 Sanuva

L'interview de Mahamadoun Abdoulaye Traore

Son parcours :

  • Age : 28 ans
  • Né à Bamako. Y étudie l'économie et l'environnement.
  • Arrivé en France, pour une troisième année de Licence en géographie à Poitier.
  • Master 1 à l'Université de Bordeaux en "Economie et aménagement du territoire" et  Master 2 à l'université de La Rochelle en "Management environnemental",  Diplômé en 2015. 
  • A travaillé sur l'organisation de la COP 21 à Paris pour mettre en place une solution de gestion durable des déchets sur le site du Bourget. 
  • A Travaillé auprès d'une collectivité (Dieppe) sur la gestion des déchets en tant que chargé de mission prévention des déchets.
  • Depuis fin 2016 : travaille au sein du bureau d'étude Verdicité sur la thématique prévention et réduction des déchets.

Qui sont vos collaborateurs ? 

"Je me suis associé à Moussa Coulibaly, que j'ai rencontré durant mes études. Même master, même parcours. On se complète très bien. Moussa est beaucoup plus technique, et moi je travaille plutôt sur la partie partenariat, développement de notre activité, recherche de financement. On arrive à avancer plus vite à deux, on n'a pas besoin de se relire pour se faire confiance. Aujourd'hui on est dans la phase opérationnelle du projet. A Bamako, on a une équipe de deux personnes : un représentant national Bamori Coulibaly. C'est le noyau de Sanuva à Bamako aujourd'hui, notre bras armé sur place. On est entrain de recruter une deuxième personne pour étendre l'équipe à Bamako."

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

"L'idée de Sanuva est venue d'un constat fait sur Bamako : tout le monde se plaint de la trop grande quantité de déchets partout, alors que la majeure partie serait recyclable. Ils sont actuellement récupérés dans les décharges dans des conditions déplorables. Nous nous sommes dit qu'il valait mieux récupérer ces déchets à la source, plutôt qu'ils finissent leur vie dans des décharges sauvages à ciel ouvert. Le nom "Sanuva" est d'ailleurs l'association de deux noms, Sanuya en bambara qui veut dire assainissement, et le Va de Valorisation en français.

On propose donc des poubelles de tri pour les ménages ou dans les locaux d'entreprises que nous récupérons pour ensuite les recycler. On propose aussi des formations aux entreprises autour du trie en général. On utilise un système écologique et économique en vélo-cargo pour récupérer les déchets et les compacter pour les renvoyer ensuite vers des filières locales de recyclage. Et pour valoriser ces actions, on propose maintenant aux entreprises un rapport environnemental en complément de leurs rapports d'activité.

Depuis 2013, le projet a beaucoup bougé. L'objectif initial du projet, c'était de partir sur une collecte des déchets : on s'était positionné comme recycleur nous-mêmes en ayant pour projet d'acheter les machines nécessaires. Mais pour un démarrage cela aurait été compliqué financièrement, MEETAfrica ne finançant pas le matériel de ce type. Nous avons donc opté pour un premier modèle économique qui demande moins d'investissement immédiat mais qui permet de démarrer l'activité et de la tester.

Aujourd'hui tout est presque prêt, on a créé l'entreprise en février 2018 et on a officiellement démarré notre activité le 2 Juillet, avec tout ce qui est activité de collecte et de tri des déchets. "

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  • Il nous a permis de voir si notre modèle pouvait se développer au niveau local, d'identifier les opportunités et la concurrence notamment. 
  • Une première mission à Bamako de trois semaines pour peaufiner le projet sur place et voir si les hypothèses faites sur le papier sont réalisables au niveau local. Nous avons obtenu notre autorisation d'exploitation du centre de trie lors de cette mission, ainsi que d'un financement local à hauteur de 8 millions de Francs CFA
  • l'APEJ (Agence pour la Promotion de l'Emploi des Jeunes, partenaire de Campus France au Mali) nous a fourni des contacts avec des structures qui pourraient nous accueillir. 
  • Le financement d'un prototype de vélo-cargo et de poubelles qu'on a validé et qu'on a commencé à distribuer à nos clients. 
  • Le dimensionnement du centre de tri.

Au début on n'avait pas bien saisi l'accompagnement de l'organisme de coaching, le SIAD, mais aujourd'hui en terme de conseils et de validations des études, on en comprend l'intérêt. On a été mis en contact avec eux très rapidement, de façon personnalisée. Ils nous ont appuyé sur le démarrage et l'écriture de la feuille de route. J'ai plutôt opéré de manière directe avec le coach, par téléphone, plutôt que par mail. Il a une grande connaissance de l'Afrique de l'Ouest et il a pu m'aider sur le choix des prestataires. Avec le SIAD, on a des reporting mensuels qui permettent de faire le point sur où on en est dans notre projet. "

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

"Notre moment clef a été la sélection par MEETAfrica. Juste après l'audition avec Moussa, on nous avait dit qu'il y avait pas mal de projets de gestion des déchets au Mali, donc je pensais que nous ne serions pas sélectionnés au vu de la concurrence. Je lui ai dit que si le projet n'était pas sélectionné par MEETAfrica, ce serait très difficile.Peu après, le comité de sélection m'a annoncé qu'on avait été sélectionnés, et là je me suis rendu compte qu'on avait un vrai challenge à relever !

La plus grande difficulté tient au terrain : au Mali, jeter ses déchets, c'est quelque chose de banal. Personne ne peut concevoir qu'il faille payer pour le faire, ce qui est une vraie difficulté : ll faut convaincre les gens de payer pour un nouveau service qui n'existe pas. Il fallait trouver de bons arguments. La stratégie adoptée a été la suivante : rencontrer les entreprises qui ont l'habitude dans leur pays d'origine de faire le tri. On a commencé par les Suisses, les Allemands, des ONG... Aujourd'hui on a su convaincre de nombreuses structures, ce qui nous a motivé et donné envie d'en faire plus. On a désormais des interlocuteurs à Bamako qui sont intéressés par notre projet. 

Notre futur challenge désormais, c'est de trouver de nouveaux clients. On a un plan de prospection, il faut arriver à convaincre au moins une entreprise par mois d'utiliser nos services. Mais aussi commencer à convaincre les ménages, notamment en liant notre service à d'autres (par exemple, un abonnement internet). 

On a envisagé avec mon associé de mettre en place un système d'alternance. Il y a des écoles de commerce à Bamako, mais les étudiants ont du mal à intégrer le marché de l'emploi. Nous avons dans l'idée de mettre en place un partenariat avec l'APEJ, à la SNV avec pour objectif de recruter des jeunes étudiants qui viendront travailler chez nous un à deux jours par semaine, et l'APEJ pourrait financer cette alternance. En contrepartie, nous les formons sur le terrain. A Bamako, on a déjà identifié personnes qui ont de l'expérience dans la collecte des déchets. Dans les semaines à venir, nous recruterons surement des personnes supplémentaires. Pour le tri nous recruterons des personnes éloignées de l'emploi, on va essayer de travailler avec des personnes qui sont déjà habituées à travailler dans des décharges et ont donc une grande expérience que nous pourrons valoriser dans de meilleures conditions de travail."

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

"Notre valeur ajoutée pour l'Afrique transparaît je crois directement dans notre projet à haute valeur écologique et sociale. Pour le résumer en quelques points :

  • Une meilleure gestion des déchets au Mali, ce qui contribue à l'amélioration des conditions de vie et à la préservation de l'environnement.
  • La valorisation d'un savoir-faire locale (le tri des déchets) aux conditions de travail très difficile que nous proposons d'améliorer en sécurisant et légalisant l'emploi."

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

"La première des choses pour moi ce serait d'être accompagné. Aujourd'hui où que l'on soit, la première des choses c'est l'accompagnement. Si on n'en avait pas bénéficié, avec l'enveloppe financière MEETAfrica, on n'aurait pas pu avoir un projet solide.

Le deuxième point, c'est que si je n'avais pas mon associé, le projet aurait sûrement deux ans de retard. Avoir une équipe solide et compétente, cela fait parti des éléments clefs pour entreprendre. 

Un troisième point important selon moi, est qu'il faut avoir de la ténacité et du courage. Il ne faut vraiment lâcher le projet, ne pas avoir de freins. Quand on débarque au Mali, même avec la meilleure des idées, on n'est pas toujours encouragé. Il faut s'accrocher !"

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