Billet #14 Le Lionceau

L'interview de Samba Siny

Son parcours :

  • Age : 26
  • A commencé un BTS à Dakar en industrie agroalimentaire, puis a intégré école d'ingénieur en agroalimentaire à Montpellier.
  • A travaillé en France chez Bledina, comme chargée de recherche et développement.

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

"Je n'avais pas vraiment cette ambition d'entreprendre au début de ma carrière. Je pensais plutôt travailler pour un grand groupe, ce que j'ai d'ailleurs fait. C'est lors d'un séjour au Sénégal pour de simples vacances, que l'idée m'est venue de créer mon entreprise en Afrique.

Certaines mamans là-bas ne sont pas très au courant des notions basiques en nutrition, et même lorsque cela est le cas, elles n'ont pas la possibilité d'acheter de la qualité, des produits locaux à prix abordables. Avec mon parcours scolaire et professionnel, ce projet de création de l'entreprise "le Lionceau" a été naturel, comme une suite logique à ma carrière. Le lion symbolise pour moi la force et l'Afrique, son petit représente donc très bien mon projet !

Mais je n'avais pas encore vraiment l'ambition de réaliser ce projet, surtout si je devais le faire seule. Le concours MEETAfrica a été le déclic qui a fait que j'ai eu le courage de me lancer. Nous avions pas mal d'idées de projet, et nous avons candidaté à deux, avec mon partenaire. Quand on a été sélectionnés, on s'est dit que des professionnels croyaient à ce projet, ce qui nous a donné encore plus de courage et l'envie de mener à bien cette entreprise !"

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  • Des échanges et conseils avec le SIAD (structure de coaching)
  • Des études d'approvisionnement, afin de déterminer d'où viennent précisément les matières premières de nos produits.
  • Une étude de marché avec des enquêtes qualitatives à la rencontre des mamans, des pédiatres, pour mieux affiner notre proposition. 
  • Un soutien affiché de plusieurs grandes institutions européennes, ce qui a été un gage de sérieux face à nos interlocuteurs. 

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

"Ma principale difficulté a été le retour au Sénégal. Il était très compliqué de développer mon réseau au Sénégal après une longue absence dans le pays. Mais à force de participer à des ateliers de networking, mon carnet d'adresse s'est étoffé. Le fait d'être une femme aussi n'est pas très évident. Un rendez-vous d'affaire peut être difficile. On pense souvent que je suis un homme par mail, et certains sont très surpris de me voir. Il faut s'affirmer plus que les hommes ! Mais ce n'est pas toujours négatif, et je ne me suis pas découragée. 

Il faut aussi réussir à concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Au Sénégal, presque toutes les deux semaines il faut être présente à un baptême, un mariage, etc. Quand on est entrepreneur on a beaucoup d'autres choses à régler, et cette pression sociale fait que l'emploi du temps est compliqué.

Actuellement je suis entre le passage artisanal à semi-industriel. Je dois faire face à de plus en plus de commandes, donc l'entreprise doit grandir et vite. Nous sommes en contact avec des partenaires qui ont déjà des équipements qui nous permettraient de produire plus. Nous démarchons également les crèches actuellement, mais on doit s'assurer en interne d'avoir le niveau de production suffisant. Nous proposons également des ateliers d'échanges autour des parents. Ils nous appellent fréquemment pour nous demander des conseils. On est d'ailleurs entrain de réfléchir à la création d'une plateforme pour accompagner ces parents autour de l'alimentation des enfants.

Deux personnes  travaillent actuellement avec nous. Le business est entrain de grandir, et l'objectif est de créer des emplois directs et indirects. A court terme, on pense embaucher 7 personnes. "

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

  • Valorisation des produits locaux en soutenant des agriculteurs sur place pratiquant une agriculture biologique.
  • Sensibilisation autour de l'alimentation saine de l'enfant. 
  • Recyclage des pots en verre en appliquant une consigne, ce qui incite les clients à pratiquer ce type de consommation écologique.
  • Répondre à une problématique sénégalaise (la malnutrition infantile) qui affecte plus généralement l'Afrique de l'Ouest, pour espérer étendre nos activités à toute la région.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

"Il faudrait qu'ils aient une équipe solide, qui partage la vision de l'entrepreneur. Souvent on se sent vraiment très seul, donc je recommande d'être au moins deux pour pouvoir se motiver mutuellement, tout en partageant la même vision. Il faut se donner les moyens pour voir son projet aboutir !

Quand aujourd'hui on se dit qu'on souhaite être entrepreneur, il faut aussi absolument visualiser l'impact que l'on va pouvoir avoir sur le terrain : autant socialement qu'écologiquement, c'est aussi notre responsabilité."

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