Billet #7 L’interview de Patrick Kouangain, co-fondateur d’Our-Impuls

L'interview de Patrick Kouangain, co-fondateur de Our-Impuls.

Son parcours :

  •  Est né et a grandi au Cameroun
  • A fait des études d’ingénieur en génie mécanique à l’Université des sciences appliquées de Dortmund
  • Travaille depuis sept ans en Allemagne comme concepteur de machines, avec le statut de salarié

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

« Dans le cadre d’un concours scolaire organisé dans mon école camerounaise, alors que j’étais en classe de terminale, j’avais construit un rétroprojecteur – un modèle évidemment très rustique comparé à ce qui se fait aujourd’hui. Plus tard, pendant mes études de génie mécanique en Allemagne, lorsque j’ai dû choisir un sujet pour ma thèse de master, j’ai dit à mon professeur : « Je veux faire quelque chose de pratique et qui apporte une valeur ajoutée à l’Afrique. » Je lui ai donc proposé de construire un rétroprojecteur en bois, une matière première renouvelable et facilement disponible en Afrique. Ce deuxième rétroprojecteur était beaucoup plus sophistiqué, mais je n’ai malheureusement pas trouvé d’investisseurs pour le commercialiser. Alors jeune diplômé, je n’avais pas de fonds propres et il me manquait certainement l’intuition nécessaire pour évaluer s’il y avait une demande suffisante sur le marché. Puis les années ont passé. J’ai acquis une expérience professionnelle en Allemagne, fondé une famille ; mais je n’ai jamais perdu de vue le rétroprojecteur et, d’une certaine façon, j’ai toujours gardé cette idée en moi. J’ai donc commencé à regarder autour de moi, lors de mes voyages en Afrique, et à explorer les secteurs où il y aurait potentiellement une réelle demande. J’ai trouvé ce que je cherchais dans les nombreux salons de beauté qui poussaient comme des champignons au fur et à mesure que la classe moyenne se développait et qui achetaient leurs équipements de manucure et de pédicure médicale en Europe, aux États-Unis ou en Asie. J’ai donc commencé à développer une fraiseuse pour les salons de soins esthétiques. J’ai fabriqué le premier prototype fonctionnel en 2014. Pour perfectionner ce prototype, j’ai fait appel à trois autres ingénieurs camerounais formés en Allemagne dans différentes spécialités techniques. Puis, à l’automne 2016, j’ai postulé au programme MEETAfrica avec mon idée d’entreprise.

La mise en œuvre de mon idée d’entreprise m’a permis de réaliser un rêve qui m’était cher depuis l’école. J’avais baptisé mon premier rétroprojecteur « Impuls 1 », ma fraiseuse en bois s’appelle aujourd’hui « Impuls 2 ».
L’Afrique doit rompre avec les dépendances traditionnelles. Il faut plus d’idées novatrices et de produits respectueux de l’environnement. Des produits pour l’Afrique, fabriqués par des Africains – c’est cela, ma motivation. L’Allemagne peut bien se passer de mon savoir-faire technique, mais l’Afrique en a un besoin urgent.»

Plus d'informations sur Our-Impuls :

a petite fraiseuse développée par Patrick Kouangain se compose de deux éléments : un module de commande qui, à la différence de produits concurrents, fonctionne sur courant continu et est composé à 70 % de bois, et une pièce à main métallique, techniquement plus sophistiquée. Le module de commande sera bientôt fabriqué au Cameroun. L’usine est en cours de construction. L’appareil, baptisé « Impuls 2 », sera d’abord utilisé à des fins cosmétiques, médicales et artistiques, et sera mis en vente dans plusieurs pays africains à partir de septembre 2018. Ses avantages par rapport à des produits concurrents étrangers : le bois est une matière première renouvelable, disponible en Afrique et donc bon marché. En raison notamment des coûts de personnel moindres, le prix d’achat d’« Impuls 2 » devrait être aussi attractif que celui de produits concurrents étrangers. Un service après-vente local est prévu pour dépanner les utilisateurs de l’appareil en cas de problèmes. En conséquence, il y aura moins d’appareils ne fonctionnant pas ou ne fonctionnant pas correctement et qui finissent à la poubelle.

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  •  Accompagnement individuel pour l’optimisation du plan d’affaires.
  •  Financement d’un voyage pour approfondir l’étude de marché en Afrique.
  • Financement du développement technique du prototype, y compris des essais en laboratoire en Allemagne pour tester sa fonctionnalité technique et obtenir sa certification.
  • Conseils et établissement de contacts au Cameroun, en particulier pour identifier les bons interlocuteurs et contourner les obstacles bureaucratiques.

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

« Mon plus grand défi personnel est la gestion du temps. Je fais un travail exigeant en Allemagne et je m’occupe d’une famille de trois personnes. Cela laisse souvent trop peu de temps pour poursuivre mon rêve ou mon idée d’entreprise. Je connais beaucoup d’Africains qualifiés qui aimeraient monter quelque chose dans leur pays. Cependant, la plupart d’entre eux n’ont pas les capitaux nécessaires. Les conditions de crédit, sur place, sont difficiles. Il est également compliqué de trouver des investisseurs et des apporteurs de capitaux à risque intéressés par l’Afrique.  »

 

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

  • + Appliquer en Afrique le savoir-faire technique acquis en Allemagne et contribuer ainsi au développement technique et économique du continent.
  • + Créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois pour l’Afrique grâce à la production locale.
  • + Réduire la dépendance à l’égard des importations étrangères et renforcer la confiance en soi des Africains.
  • + Développer des solutions plus durables et écologiquement compatibles qui, contrairement aux produits concurrents, ne sont pas en métal ni en plastique, mais par exemple en bois, et fixer de nouvelles normes.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

« Vérifies bien si tu es vraiment prêt intérieurement et assure-toi d’avoir l’audace nécessaire pour prendre des risques et suffisamment d’endurance. Ce que je conseille à tous ceux qui veulent mettre en œuvre une idée d’activité technique : construis tout d’abord un prototype si tes moyens financiers et ton idée le permettent. Cette étape est nécessaire non seulement pour savoir si ton idée est techniquement réalisable et si le produit est réellement fonctionnel, mais aussi pour avoir quelque chose de concret à présenter. Les idées techniques en particulier sont souvent très abstraites, et il est beaucoup plus facile de les vendre à des utilisateurs ou investisseurs potentiels avec un prototype.»

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