Billet #12 L’interview de Mouhamadou Diop

L'interview de Mouhamadou Diop

Son parcours :

  • A suivi un DUT en ingénierie mécanique et productique
  • Diplômé de l'Université de Technologie de Compiègne
  • Apprentissage chez PSA Renault en région parisienne. Puis nommé Ingénieur d'étude dans l'automobile, promu chef de projet en recherche et développement, cadre d'une équipe pluridisciplinaire. 

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

"J'ai baigné dans cet esprit entrepreneuriale depuis que je suis tout petit. En Afrique il existe peu d'emplois formels. Tout le monde est entrepreneur ! Mon père l'est dans le recyclage de matières plastiques, ma mère récupérait une partie de ces plastiques pour les travailler et les revendre. Dès l'âge de 1o ans je fabriquais des filets avec des outils traditionnels pour des nageurs et les femmes, ce qui me permettait d'avoir de l'argent de poche. Mon père était aussi chauffeur. Il lui arrivait souvent de bricoler, et je l'aidais, ce qui m'a fait découvrir la mécanique. Je continuais d'aller au village pendant les vacances pour participer aux activités agricoles. J'ai toujours voulu mettre mes compétences d'ingénieur mécanique au service de mon pays, notamment pour l'agriculture. 

Les agriculteurs au Sénégal ne transforment pas, ils manquent de moyens et d'outils, la valeur ajoutée est donc très faible. Par exemple, le prix de l'arachide peut tripler après avoir été transformé, en plus d'être plus simple à conserver. D'où ce projet Jef Jel qui a pour ambition de rendre accessible ces outils mécaniques de transformation des matières premières pour accroitre leur valeur. 

Jëf jël, le nom de ma future entreprise, veut dire "faire et prendre". C'est aussi un concept philosophique créé et mis en place par des marabouts et paysans qui signifie "on a que ce qu'on acquiert à la sueur de son front". 90% des paysans y croient au Sénégal et je m'y retrouve complètement. 

Cette idée de machine mobile me vient des foodtrucks que j'ai pu voir en Europe. Cette mobilité de l'outil de transformation peut permettre de rentabiliser une machine qui serait complètement hors de prix et inaccessible pour des paysans sans cela."

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

  • Etude énergétique financée par MEETAfrica, réalisée par une experte au Sénégal.
  • Aide pour établir et suivre une feuille de route avec l'accompagnement de Campus France. 
  • Aide sur la réalisation de cahiers des charges pour les différents prestataires. 

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

"La première étape de conception de l'outil était pour moi assez simple, mais dès le début un problème a surgi : le manque d'énergie. Il n'y a pas d'électricité dans certains villages ! Cela a été mon premier défi technique, puisque je n'avais pas de compétence particulière en génie électrique. Le problème a finalement été résolu grâce à l'énergie solaire et des panneaux photovoltaïques. 

Je suis ensuite allé au Sénégal grâce à une mission financée par MEETAfrica pour faire du benchmarking avec l'ADEPME. Un deuxième problème, l'accessibilité aux petits villages dû au manque d'infrastructure, est apparu.  J'ai dû réadapter l'offre en fonction : l'outil ne sera pas mobile tout le temps, mais positionné sur différents choix d'endroits stratégiques pour en faire profiter un maximum de personnes. 

Actuellement je réalise une phase d'essai avec des prototypes au Sénégal, qui sont dans la vallée du fleuve. L'entreprise n'est pas encore créée, mais elle devrait l'être dans la première moitié de l'année prochaine. J'aimerais travailler sur ce projet à temps plein si cette essai s'avère concluant. "

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

  • Création d'emplois : l'objectif est de créer 5 emplois durables pour la gestion et l'entretien de l'outil. 
  • De meilleurs revenus pour les agriculteurs qui pourront vendre des produits transformés. 
  • Une réduction de la fracture énergétique qui touche les agriculteurs au Sénégal. 

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

"Il faut avoir un projet, et surtout connaître l'environnement dans lequel on souhaite le développer. Vivre au Sénégal est un gros plus quand on souhaite y créer son entreprise.  La diaspora a des idées innovantes mais il faut les  confronter au marché local, sans quoi le projet pourrait être un échec."

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