Billet #11 Danapay

L'interview de Moussa Dembele 

Son parcours :

  • Age : 34 ans
  • A suivi un parcours scientifique en classe préparatoire en mathématiques /physique au Gabon puis en France dans une école d'ingénieur, avec une spécialité en informatique à l'Ecole Polytechnique universitaire de Marseille
  • A travaillé quelques années dans le domaine de la finance et de l'informatique
  • A suivi une formation complémentaire dans une école de commerce en Management (EM Lyon)

Quel est son projet?

"Danapay est un projet de construction d'une solution de transfert d'argent qui se base sur la technologie blockchain (réseau informatique décentralisé qui permet de transférer des informations, quelles que soient leurs formes, à travers Internet). Cette solution a l'avantage d'être moins chère, ce qui permet de transférer de l'argent en toute simplicité et à moindre frais."

Comment est venue cette idée d'entreprendre?

"Cette fibre entrepreneuriale est venue de ma famille. J'ai cette envie depuis toujours :  ma mère est entrepreneuse depuis très longtemps, ce qui m'a donné cette envie tout jeune. J'ai suivi le parcours scientifique de mon père, qui est professeur de mathématiques. J'ai donc été moi-même plongé dans le monde de l'innovation, tout en gardant cette ambition première de créer mon entreprise.  J'ai compris que de nombreuses valeurs pouvaient être apportées à différents secteurs, notamment celui des nouvelles technologies que je découvrais à l'époque. 

Nous sommes dans un contexte mondialisé où nous avons le sentiment que l'Afrique a encore beaucoup de challenges à relever. Les personnes les plus légitimes pour le faire, ce sont nous, les Africains, ayant eu la chance d'avoir fait de longues études. Mon ambition est d'apporter humblement ma pierre à l'édifice pour l'Afrique.

Quelle est son équipe ? 

"Je suis l'initiateur du projet Danapay. J'ai commencé à rencontrer de potentiels partenaires sur le terrain, notamment des maliens. Par hasard je suis tombé sur Gaoussou Keita, qui m'a exprimé son envie de rejoindre le projet. Suite à cela nous avons rencontré M. Demba Dembele. Il avait lui aussi un projet de création d'entreprise dans le même domaine, mais avec moins de possibilités technologiques que nous. Il nous a alors approché et demandé comment il pourrait participer à une idée commune autour d'un même projet. Il nous manquait cette dimension relation client qu'il a naturellement par sa façon d'être. Il nous a rapporté une liste de 200 personnes intéressées par la phase bêta, ce qui a été une preuve suffisante de ses compétences pour nous : il venait alors d'être intégré à notre équipe ! "

Comment le programme MEETAfrica vous a-t-il aidé?

"Le programme MEETAfrica a été déterminant pour nous. Nous avions vraiment besoin d'être accompagnés, qu'on nous mette le pied à l'étrier. Cette aide a pris plusieurs formes :

  • Différentes expertises, notamment juridique, les nouvelles technologies étant encore un domaine peu défini.
  • Un accompagnement de long terme, pour nous permettre de franchir un premier palier en terme de maturation de notre projet.
  • Des ressources financières sous forme de subventions, ce que peu de programmes proposent."

Quelles ont été les grandes étapes et difficultés rencontrées sur la voie de l'entrepreneuriat?

"Notre première difficulté a été l'aspect juridique,  du fait de la nouveauté de la technique du blockchain. En Europe cela devient encourageant mais cela n'est pas le cas pour l'instant en Afrique

La deuxième difficulté est que la population ciblée par notre entreprise n'est pas nécessairement intéressée par des transferts d'argent par voie digitale pour l'instant, tellement l'habitude d'utiliser de l'argent liquide est ancrée. Les convaincre d'opter pour des moyens de paiement digitaux n'est pas naturelle pour moi, mais heureusement mon collaborateur a une réelle appétence pour le relationnel. Cela est plus simple avec la jeunesse, plus réceptive aux nouveaux outils technologiques, d'autant plus si cela peut réduire leurs frais. 

Notre troisième difficulté a été le financement. Tout ce que nous avons produit en terme de solution a été financé par nos propres moyens. J'ai dû prendre des développeurs pour créer la plateforme. Personne ne veut nous donner d'argent sans que nous ayons fait nos preuves mais pour faire nos preuves il nous faudrait avoir de l'argent ! Mais ceci ne nous a pas empêché d'avancer, notamment grâce à l'aide de MEETAfrica.

Hier, le prototype a été finalisé. Une vidéo va être publiée rapidement sur un journal à forte audience. Le lancement de la bêta est proche ! 200 personnes seront mobilisées pour faire des transferts tests au Mali, on est en pleine phase de pré-lancement actuellement."

Quelle est la valeur ajoutée de votre entreprise pour l'Afrique?

 

"Pour le Mali et l'Afrique en général, la valeur ajoutée de Danapay est avant tout la réduction des frais de transfert. Avec une baisse de 3% de ces frais, cela représenterait un gain de 20 milliards de dollars pour l'Afrique selon les chiffres de la banque mondiale. Mais Danapay offre également un autre avantage. Nous sommes allés bien plus loin que les opérateurs déjà présents dans ce secteur : il est possible de payer sans retirer du liquide. Lorsque l'on va dans des zones reculées, dans des villages, comment faire pour avoir du liquide? Nous leur offrons une alternative : quand l'argent arrive, ils le reçoivent sur leur téléphone et ils peuvent payer directement sans attendre que le liquide soit disponible.

Je prends un exemple personnel: un parent à l'hôpital. Pour pouvoir le soigner, il a fallu que toute la famille contribue, sauf qu'elle est dispersée. On envoie l'argent, la personne doit aller le chercher, etc. Ce qui prend énormément de temps, alors que l'opération doit se réaliser rapidement. Ce type de problématique ne devrait plus exister grâce à nos outils."

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs?

"Il faut correctement se préparer en amont, notamment financièrement. Deux dimensions pèsent lourdement sur la réussite du projet : le temps et la finance. Sans argent il faudra beaucoup de temps, avec peu de temps il faudra beaucoup d'argent. Mieux avoir les deux !  

Le deuxième point pour entreprendre au Mali, est qu'il faut être patient. Les démarches administratives, les demandes de prêts, sont rapides en Europe. Au Mali c'est différent : il ne faut pas partir avec l'optique de changer le monde, mais avoir une certaine humilité et s'adapter au contexte.  Pour créer une entreprise au Mali, il n'y a pas d'alternative, il faut être  régulièrement au Mali ! Pour être au plus près des clients et bien comprendre quels sont leurs besoins.

Le programme MEETAfrica en soi est excellent, sans langue de bois. Des points d'amélioration sur la partie administrative existent toutefois : la caractéristique d'une start'up est d'aller vite, au risque de mourir. " 

Leave a reply